Il y a 50 ans, Robert Fernier, Président de l’Association des Amis de Gustave Courbet (aujourd’hui Institut Gustave Courbet) et Pierre Beziau, Préfet de la Région Franche-Comté, Préfet du Doubs, signaient, le 15 avril 1976, l’acte de cession au département du Doubs du Musée Courbet, créé et inauguré en 1971 avec la donation des collections.
Entretien avec Hervé Novelli, ancien ministre et président de l’Institut Courbet.
Propos recueillis par Chantal Humbert
Que représentent pour vous les célébrations des 50 ans de la donation faite en 1976 : un anniversaire, un acte fondateur, un tournant ?
En fait, elles représentent les trois. L’anniversaire rend hommage à l’Association des Amis de Gustave Courbet, un groupe de passionnés ayant en commun leur admiration pour le grand artiste d’Ornans. Sous l’impulsion du peintre Robert Fernier, elle mobilisa avec persévérance, durant presque 35 ans, amateurs et mécènes pour acheter la maison au bord de la Loue et constituer un ensemble remarquable de tableaux, dessins et documents créant le musée Courbet. Puis, les membres de l’Association souhaitant inscrire le projet dans un temps
long, décidèrent de le vendre à l’État.
Un acte fondateur ?
Robert Fernier, président de l’Association, le fait avec le département du Doubs, à qui il céda les murs pour un franc symbolique et lui donna la collection estimée par les assurances à 2 728 460 euros. Cet acte fondateur
de 1976 assura au musée Courbet une pérennité puisque le département du Doubs, propriétaire du musée et des collections, avait la charge de l’entretien. L’année suivante Jean-Jacques Fernier accepta bénévolement
la charge de conservateur pour prolonger l’action de son père, l’Association des amis de Gustave Courbet ayant accepté la mission d’animer le lieu notamment en organisant chaque année une exposition estivale.
Enfin un tournant ?
Oui, la donation a été aussi un tournant bénéfique pour la ville natale de Courbet, aujourd’hui centre culturel et touristique incontournable de la vallée de la Loue. L’architecte internationalement reconnu Jean-Jacques Fernier dirigea le musée de 1977 à 2008 fédérant enthousiasme et initiatives. L’attractivité du musée grandissant, la vie culturelle s’est faite brillante à Ornans. On se souvient bien sûr de certains vernissages comme la
présentation inédite de l’Origine du monde en 1991.
Plusieurs expositions ouvrant à l’art du XXe siècle ont souligné des correspondances entre des peintres contemporains et l’œuvre de Courbet qui les avait inspirés (Buffet, Masson, Messagier, Rebeyrolle…).
Comment l’Association dut faire face à la réalité administrative et politique résultant de la décentralisation ?
En lien avec le département et ses présidents successifs, Jean-Jacques Fernier travailla en osmose avec les présidents de l’Association.
Devenue en 2000 l’Institut Gustave Courbet, il a poursuivi au musée des expositions de référence, organisé des animations très attendues comme la semaine des copistes et continué la quête d’acquisitions afin d’offrir aux visiteurs une approche plus large de l’art de Courbet comme le prévoyaient
ses statuts. En 2006, la médiation Bézard a réparti les patrimoines des œuvres acquises depuis 1976, celles propriétés du musée départemental Gustave Courbet et celles appartenant aux collections de l’Institut Gustave Courbet selon le principe qu’une œuvre ayant reçu un euro de subvention
publique appartenait à la collectivité. En 2008, un conservateur du patrimoine statutaire fut nommé et un partenariat différent se mit
en place, l’Institut poursuivant, avec et hors le musée, des opérations d’animation et des expositions issues de son patrimoine privé :
Barcelone, Saint-Domingue, Trouville…
Qu’en est-il du partenariat avec le Musée Courbet ?
Les deux établissements voisins à Ornans agissent tous deux pour la mémoire du peintre. Ainsi dès la ré-ouverture du musée, l’Institut reconnu en 2011 organisme d’intérêt général a travaillé en partenariat avec le Conseil départemental du Doubs. Sa présidente, Christine Bouquin, nous soutient fidèlement et chaleureusement. Une convention de partenariat culturel et scientifique lie nos deux institutions. Les journées des copistes organisées depuis 1991 deviennent un rendez vous annuel obligé pour tout amateur de
peinture désireux de se plonger au musée dans l’univers de Gustave Courbet. Des expositions sont aussi élaborées et menées régulièrement avec le pôle Courbet. Lors de l’hiver 2012, le musée a accueilli le patrimoine graphique
de l’Institut en présentant « Les Graveurs de Courbet ». Trois ans plus tard, place « au Retour de la Conférence, un tableau disparu ». Quant à la Ferme de Flagey, elle a servi d’écrin à « Acheter – Courbet » une exposition – dossier
dont l’Institut fut également co-commissaire (hiver 2023). On doit enfin mentionner « Devenir Courbet » la belle exposition initiée par l’Institut et présentée pendant l’hiver 2025 au musée d’Ornans
Et les priorités, les défis futurs de l’Institut Gustave Courbet ?
Nos priorités sont paradoxalement nos défis ! L’Institut souhaite s’adresser à un public de plus en plus large notamment grâce à notre site internet. En ce moment, nous poursuivons la numérisation des archives et de la documentation pour qu’elles soient ouvertes le plus possible aux historiens d’art et accessible en ligne. Notre ambition est, en étroite collaboration
avec le musée départemental et avec le soutien du Conseil départemental du Doubs, de faire rayonner l’Œuvre et la pensée de Gustave Courbet à l’échelle nationale et internationale.
Quels sont selon vous les principaux objectifs de l’Institut Gustave Courbet ?
Reprenant la mission de l’Association, ils sont de servir Courbet, sa mémoire et la compréhension de son œuvre. C’est ainsi que nous travaillons au sein d’un comité scientifique avec des chercheurs et historiens ; ils mettent en lumière des aspects méconnus de son parcours artistique. Nous concevons
et organisons plus que jamais des expositions,
à l’image de celle présentée au début de cette année à Hyères, à La Banque, musée des Cultures et du Paysage, et de celle qui se tiendra prochainement à Alençon, au musée des Beaux-Arts et de la Dentelle. En tant qu’ambassadeur de l’œuvre de Gustave Courbet, l’Institut s’associe également à la promotion du Département du Doubs et à sa politique de valorisation touristique et
d’attractivité du territoire. À ce titre, le logo du Département figure sur l’ensemble des supports de communication de nos expositions — affiches, dossiers de presse et catalogues. Nous publions des ouvrages de référence
et avons initié une collection Les Cahiers de l’Institut Gustave Courbet qui succède aux bulletins qu’avait créés dès 1947 l’Association des Amis de Gustave Courbet. Devenus de véritable espace de publications scientifiques,
ils permettent de faire émerger des découvertes inédites et de nourrir encore la réflexion autour de l’œuvre du peintre.
Et les priorités, les défis futurs de l’Institut Gustave Courbet ?
Nos priorités sont paradoxalement nos défis ! L’Institut souhaite s’adresser à un public de plus en plus large notamment grâce à notre site internet. En ce moment, nous poursuivons la numérisation des archives et de la documentation pour qu’elles soient ouvertes le plus possible aux historiens d’art et accessible en ligne.
Notre ambition est, en étroite collaboration avec le musée départemental et avec le soutien du Conseil départemental du Doubs, de faire rayonner l’Œuvre et la pensée de Gustave Courbet à l’échelle nationale et internationale.
Venons-en au Comité Courbet, singularité de l’Institut dans l’univers culturel national.
En effet, l’une des principales particularités de l’Institut Gustave Courbet est d’assurer sans cesse sa position d’expert internationalement reconnue de l’œuvre du peintre. Elle le fait aujourd’hui par le biais du Comité Courbet qu’anime depuis 2016 Sébastien Fernier, représentant de la 3e génération Fernier au service de la mémoire de l’artiste. Il s’appuie sur une base considérable de connaissance autour du peintre et de ses œuvres, sur un réseau solide auprès de chercheurs et d’historiens, de collectionneurs et de partenaires du monde de l’art.
Au final, quel regard portez-vous sur le chemin parcouru depuis 1976 ?
En cinquante ans, l’histoire de l’Association, puis de l’Institut Gustave Courbet, jalonnée de chapitres parfois mouvementés, témoigne avant tout de la persévérance et du dévouement dont ont fait preuve des générations de passionnés voulant réhabiliter Courbet « en son pays ». Ces bénévoles motivés par des initiatives désintéressées ont ainsi entrepris un parcours extraordinaire pour créer un musée.
L’Institut Gustave Courbet tient à garder son autonomie, son agilité et son indépendance. Il s’agit là de son ADN ! Nous souhaitons à l’avenir poursuivre notre rôle de faire rayonner le peintre tant en France qu’à l’étranger aux côtés de fondations, de centres culturels et d’institutions officielles. Et en cela, nous sommes bien en phase avec Gustave Courbet
qui véhicula à travers sa peinture un esprit de liberté, d’audace et d’indépendance..
